#55 - Octobre 2025
15mn d'inspiration entre deux Teams
“Fractures françaises”, la “culture Airbnb”, Palantir en “lifestyle brand”, le bilan en demi-teinte de la 5G, l’IA et les “employés stars”, GP Explorer sur France TV, @hugodecrypte.quebec, Les nouveaux visages du grand patron, Chien 51 et Alain Minc …… Elles ont fait (ou pas) l’actualité de ces dernières semaines, voilà la veille des idées utiles à la communication.
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Temps de lecture estimé : 15 minutes
SOCIÉTÉ
Fractures françaises 2025
Pour la douzième année consécutive, l’institut Ipsos publie l’enquête “Fractures françaises”, pour Le Monde, le Cevipof, la Fondation Jean-Jaurès et l’Institut Montaigne. Cette vaste enquête, basée sur un échantillon de 3 000 personnes, permet de mesurer l’opinion des Français sur l’état de la société, leurs valeurs et leur perception des grandes forces politiques.
Sans prétendre à une synthèse exhaustive, voici quelques chiffres récoltés cà et là, comme autant de coups de sonde dans la société française :
90% des interrogés estiment que la France est en déclin, un record depuis la création du baromètre. C’est 15 points de plus qu’en 2022 (75%). Environ un tiers des Français (32%) considèrent de surcroit que ce déclin est irréversible.
Deux tiers des Français (66%) sont d’accord avec l’affirmation “les gens comme moi ne reçoivent pas le respect qu’ils méritent” - une proportion qui s’élève à 80% chez les sympathisants RN.
Malgré une très forte volonté de redistribution des richesses, l’adhésion à la théorie du ruissellement atteint son plus haut niveau dans l’opinion cette année depuis 2018 : 49% des interrogés sont d’accord pour dire que “plus il y a de riches, plus cela profite à l’ensemble de la société”.
42 % des moins de 35 ans pensent qu’un autre système serait au moins aussi bon que la démocratie.
29% des Français déclarent que le changement climatique a déjà des effets négatifs sur leur vie quotidienne (mode de vie, consommation, habitat).
Ces éléments sont à mettre en perspective avec les nouvelles attentes vis-à-vis des entreprises. Ce que montrait notre dernière étude de l’Observatoire des marques dans la Cité, c’est que l’entreprise pouvait incarner une forme de refuge face aux fractures de la société. 58% des interrogés sont d’accord avec l’affirmation suivante : “ il y a plus d’unité dans mon entreprise que dans la société”.
Génération Dézunie
Pendant des années, le monde du marketing a religieusement parlé à la Gen Z comme à un bloc uni par ses combats : climat, inclusion, égalité. Mais le dernier rapport intitulé The Great Gen Z Divide, publié par l’agence Edelman, révèle qu’un véritable schisme culturel traverse désormais cette cohorte née entre 1996 et 2012.
Pour les auteurs, il faut distinguer deux sous-générations : la Gen Z 1.0 (23 à 29 ans) et la Gen Z 2.0 (13 à 22 ans). Les Z 1.0 ont connu les années Obama, les mouvements progressistes (BLM) et les débuts d’Instagram. Les Z 2.0, eux, ont été façonnés par la permacrise : pandémie, inflation, chaos politique, IA omniprésente.
“Le Covid-19 et l’explosion technologique qui a suivi ont créé deux versions d’une même génération : l’une a manifesté pour le climat, l’autre a grandi confinée, scrollant sur TikTok”, explique Rachel Janfaza, fondatrice de The Up and Up.
Voici quelques éléments qui les distinguent fondamentalement.
Deux cultures, deux rapports à la vérité. 41 % des Z 1.0 utilisent l’intelligence artificielle chaque semaine, contre 72 % des Z 2.0. Plus de la moitié des jeunes affirment apprendre davantage sur TikTok que dans leur établissement scolaire, et 77 % jugent désormais que “le parcours universitaire est dépassé”.
Une fracture politique bien réelle. Aux États-Unis, les Z 2.0 penchent de 11,7 points vers les Républicains, quand les Z 1.0 restent majoritairement Démocrates. Cette bascule s’explique, selon Edelman, par une perte massive de confiance envers les institutions : seuls 47 % des jeunes dans le monde déclarent faire confiance à leur gouvernement.
“Leur méfiance structurelle les pousse vers des figures perçues comme plus authentiques, même quand elles sont populistes”, souligne le rapport.
La confiance n’est plus donnée, elle se gagne. Les Z 1.0 sont “trusting until proven wrong”, quand les Z 2.0 sont “skeptical until proven credible”. Ces derniers font moins confiance aux pairs (65 %), aux journalistes (56 %) et aux PDG (53 %) que leurs aînés. “Les plus jeunes doutent de tout, des institutions, des médias, et même des influenceurs”, observe Edelman.
Activisme collectif vs remix individuel. Les Z 1.0 restent dans une logique de participation collective : pétitions, engagement, activisme. Les Z 2.0, eux, fonctionnent en mode individuel : ils ajoutent leur propre touche, remixent, détournent, commentent. Ils préfèrent le cynisme au militantisme.
Pour les marques, les institutions et les médias, le défi est donc le suivant : parler à deux publics radicalement différents …
Du militantisme climatique à la résignation
Le journal Le Monde consacre un reportage au pessimisme climatique provenant de la part de jeunes, autrefois très engagés dans leur vie personnelle sur la question du climat, qui ont fini par baisser les bras. Dans les explications avancées, on retrouve le sentiment, omniprésent dans les témoignages, d’efforts mal répartis. Ainsi de Diane, 24 ans, chargée de mission dans le développement :
“Je me suis longtemps privée de voyages pour des contraintes écologiques. Mais, à force de voir mes amis et ma famille prendre des avions à tire-larigot, j’ai perdu espoir. Je baisse les bras, car j’ai l’impression de porter seule tout le poids de l’urgence écologique.”
Le manque d’engagement des acteurs économiques est aussi pointé du doigt pour expliquer la lassitude : “Pendant que des millions de personnes font des efforts chaque jour, des entreprises polluent gaiement sans se soucier du sort de l’espèce humaine”, raconte ainsi Mathias, la trentaine. De son côté, Tamara, 32 ans, s’agace que la charge de la culpabilisation repose sur les consommateurs : “Vous êtes un criminel si vous achetez des tomates en janvier, mais le problème, n’est-ce pas qu’on en autorise la vente ? Si elles n’étaient pas en rayon, les gens auraient moins l’impression de se priver… “
Ce reportage conforte une intuition forte : sur l’écologie, c’est aux entreprises (et aux États) de reprendre la main, pour ne pas laisser les seuls citoyens et consommateurs s’épuiser ou se décourager. Sur la RSE, les entreprises peuvent faire un important come-back en insistant sur deux éléments : on n’abandonne pas le combat, et c’est d’abord un sujet macro et de puissance.
MARQUES DANS LA CITÉ
L’émergence d’une “culture Airbnb”
Une série en six épisodes, proposée par le journal Le Monde, s’est penchée sur le modèle Airbnb. Les chiffres sont impressionnants : à l’échelle mondiale, la plateforme compte sur plus de 5 millions d’hôtes et enregistre 2 milliards de voyageurs depuis sa création. En France, le site, arrivé en 2012, a acquis une position royale : l’Hexagone est aujourd’hui son deuxième marché, derrière les États-Unis. Le seuil du million d’annonces y a été dépassé cet été - en augmentation de 60% entre 2018 et 2024.
“Son tour de force a été d’absorber cette offre qui existait déjà, au travers d’agences, de petites annonces, de Gîtes de France ou de manière informelle, et d’en agrémenter une nouvelle : celle de centaines de milliers de propriétaires qui se sont mis à louer leur résidence principale ou secondaire, attirés par la simplicité et l’efficacité de la plateforme” (Le Monde)
Pour Airbnb en France, le marché domestique est important : cet été, 65 % des réservations sur le site en France ont été réalisées par des Français. Comme l’avance Clément Eulry, directeur d’Airbnb France, Airbnb a permis de faire éclore certaines destinations rurales. Quelque “29 000 communes de France en ont au moins un. Alors que seules 5 300 communes ont un hôtel. On est devenu l’acteur numéro un du tourisme sur l’ensemble du territoire”
De son côté, la chercheuse Jeanne Richon parle d’une “culture AirBnB”, et insiste sur les effets de long terme du modèle AirBnB : d’une part, “sa massification a changé notre rapport à l’immobilier”, en incitant beaucoup de gens à investir, et en rendant viable la bi-résidence pour toute une partie de la population. D’autre part, la diffusion d’Airbnb a aussi “façonné l’idée que tout peut être rentabilisé : on perd de l’argent à ne pas louer sa maison pendant qu’on est en vacances ailleurs. C’est une logique d’optimisation permanente”
Vingt ans après McDonald’s, Airbnb a compris que la France était un pays qui n’aimait jamais autant les marques que lorsqu’elles s’intégraient à la société française.
Comment les marques peuvent lutter contre la désinformation
Et si les marques étaient des remparts contre la désinformation ? C’est l’idée avancée par Clément Montailler, directeur stratégie social media associé chez Castor & Pollux, dans une tribune publiée dans Stratégies. Puisque, d’après les chiffres du dernier Edelman Trust Barometer, l’entreprise est aujourd’hui l’institution la plus digne de confiance (56%), devant les ONG (54 %), les médias (45 %) et le gouvernement (37 %), les marques sont “en première ligne pour aider les utilisateurs à ne plus se faire avoir et démonter les infox sans les alimenter”.
Quatre éléments sont avancés pour “transformer cette menace en opportunité de communication”. D’abord, cela suppose d’intégrer, au cœur des lignes éditoriales sur les réseaux sociaux, une véritable “stratégie de réinformation”. L’enjeu : diffuser des contenus anti-intox, à la fois pédagogiques, concis et rigoureusement sourcés, sous forme de carrousels, de stories ou de vidéos courtes. Deuxième levier, pratiquer un “débunking responsable”, comprendre : répondre sans nourrir la controverse ; cibler les faits, pas les individus ; citer ses sources ; éviter l’ironie qui polarise, etc. Troisième exigence, s’entourer de porte-paroles crédibles (experts métier, associations, universitaires). Dernier élément : “sécuriser les achats médias avec des listes d’exclusion”, en veillant à la pertinence contextuelle - la question n’étant plus seulement où diffuser, mais à côté de quoi son message sera exposé.
En Europe, les grandes marques minimisent leur américanité
Pendant des décennies, les marques américaines les plus emblématiques ont capitalisé sur leur identité USA, mais l’évolution des perceptions mondiales à l’égard des États-Unis change radicalement la donne, explique le Wall Street Journal.
Pour preuve : ces derniers temps, plusieurs marques américaines installées en Europe ont lancé des campagnes publicitaires insistant sur leurs ancrages locaux.
Coca-Cola a initié une campagne “Made in Germany”, en mettant en avant deux chiffres : 97 % des boissons vendues par Coca-Cola dans le pays y sont fabriquées ; l’entreprise, ses fournisseurs et ses partenaires contribuent à hauteur de 9,1 milliards d’euros au produit intérieur brut annuel de l’Allemagne. Au Royaume-Uni, Coca-Cola a célébré son 125e anniversaire en produisant un documentaire en six épisodes “célébrant le plus britannique des commerçants : le patron de l’épicerie de quartier”. Les épisodes suivent des petits détaillants distribuant Coca-Cola à travers le pays, de Sunita Aggarwal à Leicester à Sophie Williams à Édimbourg.
Notons au passage qu’en France, Coca-Cola a lancé cet été sa campagne “Produit par”, en insistant, là encore, sur leur ancrage local
McDonald’s, de son côté, parle aussi de “Made in Germany”, et rappelle qu’il emploie plus de 60 000 personnes dans le pays et qu’il prévoit d’y investir 3 milliards d’euros dans les années à venir. La marque affirme également que 60 % des ingrédients utilisés en Allemagne sont issus du pays, dont 100 % du bœuf, du lait et des œufs.
Une des façons d’analyser ce tournant européen des marques européennes, c’est de le voir comme une bataille de perception qui se joue, de ce côté-ci de l’Atlantique : ne pas être associées à Trump.
Palantir veut devenir une lifestyle brand “pro-West”
Dans Wired, un article s’est penché sur Palantir, l’entreprise de surveillance fondée par Peter Thiel au lendemain du 11 septembre, très mobilisée sous ce second mandat de Donald Trump - l’entreprise vend des logiciels que les autorités de l’immigration (ICE) utilisent pour identifier et arrêter des personnes.
Dans une déclaration récente sur X, Eliano Younes, Head of Strategic Engagement, a affirmé que Palantir aspirait à devenir “THE lifestyle brand”, en précisant son positionnement : “The most pro-West, meritocratic, winning obsessed, and based brand on the face of the earth”.
Mais qu’est-ce que signifie devenir une “lifestyle brand” pour une entreprise de surveillance exclusivement B2B, et même B2G - ses logiciels sont achetés par des gouvernements et des agences gouvernementales ?
À court terme, cela passe par la constitution d’une boutique en ligne de produits dérivés - casquettes, tote bags, t-shirts à l’effigie de Alex Karp, l’actuel CEO de Palantir. L’un des premiers produits dérivés de Palantir était un t-shirt noir avec un grand graphique rouge : une forme oblongue évoquant la projection ovale d’un globe terrestre, avec trois lignes évoquant un quadrillage géographique ou une planète filaire. Au centre, le logo de Palantir. Symboliquement, cela suggère que Palantir contrôle le monde.
Mais le mouvement est plus profond. Comme le rappellent Stefania Saviolo et Antonio Marazza dans leur ouvrage Lifestyle Brands, les marques lifestyle vendent des produits que les consommateurs achètent pour exprimer leur identité. Leur succès ne repose pas nécessairement sur la supériorité de leurs produits, mais sur leur capacité à “proposer un point de vue original” et à “influencer un contexte social”. Utiliser ces produits devient un acte symbolique : un moyen “de signaler un statut” ou d’afficher “un sentiment d’appartenance à un groupe”.
En l’occurrence, les “Palantir bros” sont très présents en ligne : il existe plusieurs subreddits dédiés à la firme, le plus important comptant 109 000 membres.
“Ces fans peuvent suivre de manière obsessionnelle l’évolution du cours de l’action, réagissant comme des supporters de football américain : quand le titre grimpe, c’est comme si leur équipe marquait un touchdown. Quand l’entreprise décroche un gros contrat, c’est comme si elle recrutait une star. Dans ce contexte, l’achat de produits dérivés devient une évidence — comme enfiler le maillot de son club. La base de fans de Palantir s’est renforcée à une époque où les sous-traitants de l’immigration et de l’armée étaient particulièrement impopulaires dans la Silicon Valley. Pour ces fans, Palantir apparaissait comme un outsider à contre-courant, fidèle à ses principes, envers et contre tous.” (Wired)
Voilà peut-être la première grande marque néo-conservatrice. L’idée de créer une “lifestyle brand”, c’est aussi de faire des enjeux de sécurité et de surveillance - thématiques régaliennes par excellence - des thématiques grand public.
TECH & IA
Cinq ans après son arrivée en France, le bilan en demi-teinte de la 5G
Malgré ses débits faramineux, sa réactivité et sa capacité à connecter des myriades d’objets, la révolution annoncée de la 5G n’a pas eu lieu, conclut le journal Le Monde.
Les consommateurs s’en sont plutôt massivement emparés : au deuxième trimestre on décomptait plus de 28 millions de cartes SIM actives sur les réseaux 5G, soit plus d’un tiers du parc total.
“Si la 4G a consacré le smartphone comme un des équipements principaux pour accéder à Internet en permettant d’écouter de la musique, de regarder des vidéos ou de réaliser des opérations bancaires, la 5G n’a pas accouché d’innovations aussi marquantes (Mireille Clapot, membre du collège de l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse)
De son côté, le président du think tank Idate, Jean-Luc Lemmens, va plus loin : “Il n’existe même pas d’applications 5G !”. De leur côté, les opérateurs vantent le confort de la 5G pour surfer sur Internet, et soutiennent qu’ils en avaient besoin pour éviter que la 4G ne sature. Si la 5G ne “change pas grand-chose pour le client qui utilise WhatsApp, envoie des SMS ou des e-mails”, le consommateur qui “fait du streaming” ou joue en ligne est, lui, “très content de l’avoir”, précise Emmanuel Lugagne Delpon, directeur technique des réseaux Orange.
L’IA creuse l’écart entre les “employés superstars” et les autres
Dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal, Matthew Call, professeur associé au département management de la Mays Business School de l’université Texas A&M, s’est intéressé aux effets de la diffusion de l’IA dans le milieu de l’entreprise.
Contrairement à une idée largement répandue, l’intelligence artificielle ne va pas nécessairement égaliser les performances entre les salariés. Elle pourrait, au contraire, accentuer les écarts entre les meilleurs éléments – les “superstars” – et les autres employés. Comme pour tout nouvel outil, ce sont les plus compétents qui s’en emparent le plus vite, explorent ses usages avancés, posent les bonnes questions et affinent les résultats. Leur expérience métier leur permet de tirer davantage de valeur des IA génératives que les autres.
“Imaginez un consultant vedette chargé de lancer un nouveau produit ou service sur le marché. Au lieu de demander à l’IA d’« analyser ce marché » et d’obtenir des informations génériques, il utilise ses années d’expérience pour poser des questions plus nuancées et ciblées sur la dynamique concurrentielle, les réglementations et les contraintes. Grâce à leur grande expertise, les stars de l’entreprise sont en mesure d’affiner les instructions ou les requêtes qu’elles soumettent à l’IA, plutôt que d’accepter la première réponse obtenue. Elles obtiennent ainsi des résultats plus utiles et plus précis”
En parallèle, leur statut organisationnel leur donne une plus grande liberté pour tester, échouer, recommencer. Les collaborateurs moyens, eux, attendent souvent des directives, utilisent l’IA de façon prudente, voire limitée. Même quand leur production est excellente, elle est parfois perçue comme le fruit de la machine – là où le succès des stars est vu comme un signe de génie personnel.
Résultat : l’IA renforce une double inégalité, en performance comme en reconnaissance. Ce qui n’est pas sans créer des tensions organisationnelles et un sentiment d’injustice préjudiciable à la cohésion collective, alerte le chercheur.
ACTUALITÉS MÉDIA
France TV diffuse en direct le GP Explorer
France Télévisions s’aventure de nouveau sur des terrains qui ne sont pas les siens. Après avoir diffusé le concert de Tiakola (Cortex #50), le groupe audiovisuel a retransmis la troisième et dernière édition du GP Explorer, une course de Formule 4 imaginée par Squeezie, le streameur aux 19,8 millions d’abonnés sur YouTube. Une création numérique sur un grand média généraliste, c’est tout simplement du jamais vu !
La compétition a rassemblé vingt-quatre acteurs de la scène digitale et musicale tels que Gotaga, Baghera, Maxime Biaggi, Mister V, Kaatsup, PLK, tous engagés comme pilotes. Répartis au sein de douze écuries – soutenues par des marques aussi variées que Netflix, Lego, Durex, Andros Be Nuts, Alpine, ou Subway –, ils se sont affrontés sur le circuit Bugatti du Mans. “Plus on élargit notre visibilité et nos canaux de diffusion, plus on attire une variété d’industries”, souligne à ce sujet Antoine Titz, directeur commercial de l’événement (Influencia). Pour l’occasion, le dimanche 5 octobre, France TV a déployé un dispositif exceptionnel : essais sur france.tv, qualifications sur France 4 et france.tv, puis course et podium sur France 2 à partir de 17 h 50, également accessibles en simultané sur la plateforme.
La course fera date dans l’histoire du streaming et de la télévision. Sur Twitch, plus de 1,4 million de spectateurs l’ont suivie en direct sur la chaîne de Squeezie, établissant un record national. Si l’audience moyenne du programme sur France 2 est restée dans les standards de la tranche dominicale 18 h-19 h : 1,2 million de téléspectateurs de plus de 4 ans (avec un pic à 1,6 million), la chaîne a vu sa moyenne d’âge chuter de 63 à 46 ans. Et surtout, elle a capté 52,5 % de part d’audience chez les 15-24 ans (39,5 % chez les 15-34 ans), une prouesse pour une cible rarement présente à cet horaire ! À noter également que plus de 70 % des nouveaux inscrits sur france.tv dans le cadre de l’opération ont moins de 24 ans, et que l’événement a généré 14 millions de vues sur les réseaux sociaux de France Télévisions.
Au-delà des chiffres, ce moment de télévision inédit témoigne d’une redéfinition progressive des frontières entre réseaux sociaux, contenus digitaux, et médias traditionnels, et traduit la volonté du service public d’accompagner activement cette transformation.
HugoDécrypte lance des rédactions locales
Dans Télérama, on apprend que le vidéaste HugoDécrypte a annoncé le lancement de trois nouveaux comptes Instagram entièrement voués au journalisme de proximité - Lyon, Marseille, et la région de Québec. L’objectif affiché : “informer à l’échelle locale, avec des journalistes ancrés localement, ayant pour ambition d’informer au mieux la nouvelle génération”. Le jeune créateur de contenu qualifie cette expansion de “suite logique” dans le développement de son entreprise.
Un gros mois depuis son lancement, les comptes @hugodecrypte.marseille, @hugodecrypte.lyon, et @hugocrypte.quebec totalisent respectivement 116k, 175k et 113k followers. À comparer aux cinq millions d’abonnés du compte principal, @hugodecrypte.
Cette initiative montre bien la prégnance du local. HugoDécrypte fait, à son tour, l’analyse que les jeunes aussi ont envie et besoin de contenus de proximité.
CHAPEAU L’ARTISTE
McDo x Hot Ones
Quand McDonald’s France s’associe à Hot Ones, l’émission culte de test de sauces piquantes, c’est toute la pop‑culture fast‑food qui monte d’un cran. Pour l’occasion, trois sauces exclusives ont été co‑créées : “Hell3 Piñata”, “Thaï-toi” et “Embrase-moi”. Mais c’est surtout la mécanique marketing qui intrigue : un épisode spécial de l’émission avec le rappeur Naza, une activation digitale virale, un jeu sur l’application McDo+, et un hashtag injonctif #HotOnesChallenge.
Au‑delà du piquant, ce partenariat joue sur l’urgence, l’exclusivité et la viralité : la sauce devient un objet de désir limité. Pour la marque, c’est une remontée dans l’affect et la culture écran.
Un partenariat récompensé par le Grand Prix Stratégies du Brand Content.
L’effet Jimmy Gressier : de l’or en barre pour Décathlon
En janvier 2025, Decathlon et sa marque de running Kiprun annonçaient leur partenariat avec l’athlète Jimmy Gressier, qui avait passé huit ans chez Nike. Neuf mois plus tard, le 14 septembre, le coureur de Boulogne-sur-Mer réalisait l’un des exploits les plus retentissants de l’athlétisme français en devenant champion du monde du 10 000 mètres sur piste.
À l’issue de cette victoire, Gressier déclarait au micro de France TV :
« Mettez-vous à la course à pied, c’est bon pour la santé. Allez acheter des chaussures, surtout chez Decathlon ! »
Ce qui est fascinant dans ce partenariat, c’est que ce jour-là, Jimmy ne portait pas ses fameuses Kiprun – le modèle étant pour l’instant destiné à la course sur route et ne disposant donc pas de pointes. Pourtant, son enthousiasme pour la marque dépasse largement l’exploit du 14 septembre, rendant sa réaction sincère et déclenchant une ruée des runners pour se procurer les Kiprun. D’ailleurs, Jimmy Gressier avait auparavant battu d’autres records sur route… cette fois en portant ses Kiprun.
La réussite de ce partenariat tient à son authenticité : Jimmy partage les mêmes valeurs que Decathlon – accessibilité, intégrité et ancrage régional. Cette convergence transforme un simple sponsoring en véritable moteur d’engagement. Au-delà de l’aspect commercial, s’associer à des personnalités qui incarnent l’ADN de la marque permet de créer une relation spontanée et durable avec le public, renforçant l’amour des consommateurs pour celle-ci.
BRÈVES
Santé. 23 millions de Français souffrent de douleurs chroniques (lombalgie, maux de tête, intestin irritable, etc), soit 42% de la population adulte. Un chiffre en forte augmentation : la dernière étude, en date de 2008, estimait que la proportion s’élevait à 30 % (Le Figaro).
Patrons. D’après une enquête OpinionWay, seuls 7% des Français interrogés déclarent avoir été impressionnés ou convaincus par les déclarations d’un dirigeant d’entreprise. Ils ne sont que 26 % à juger les communications des dirigeants “authentiques”, 29 % à les trouver “dignes de confiance”, et 29 % “précises” (Stratégies).
Attention. D’après une étude Médiamétrie, la part de la durée d’écoute en streaming vidéo aux États-Unis, sur les plateformes par abonnement du type Netflix comme sur YouTube, est supérieure à celle des grands networks (ABC, CBS, NBC ...) : 47% vs 40% (Stratégies).
Télétravail. Une étude, menée par des chercheurs des universités de Harvard et Brown et de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), a interrogé près de 1 400 salariés, qui avaient reçu au moins deux offres d’emploi et en avaient accepté une. Le résultat : les personnes qui ont choisi le télétravail ou le travail hybride ont accepté en moyenne un salaire inférieur de 25 % à celui qui leur était proposé (Wall Street Journal).
DERNIÈRES PARUTIONS
Un essai : Les nouveaux visages du grand patron (Olivier Sere et François d’Estais, Éditions Télémaque)
Bernard Arnault reçu comme un chef d’État, Michel-Édouard Leclerc qui joue de l’ambiguïté d’une candidature en 2027, Luca de Meo ou Florent Menegaux qui font la leçon aux députés lors des commissions parlementaires… L’actualité nous montre chaque jour que la figure du patron mute de façon inattendue, et trouve une place nouvelle dans la vie de la cité avec le soutien des citoyens.
Prenant au sérieux cette hypothèse, Olivier Sère et François d’Estais, deux camarades Havas Paris, proposent, dans Les nouveaux visages du grand patron (Éditions Télémaque), un panorama stimulant de la communication des grands patrons devenus “hyperleaders”.
Les auteurs rappellent que si la littérature académique s’est beaucoup attardée sur le rôle de la représentation dans la légitimation du pouvoir politique, de Georges Balandier à Marcel Gauchet, la représentation du pouvoir économique, elle, fait souvent figure d’impensée… Alors même que les patrons investissent des pans entiers de la vie démocratique.
Scrutant près de 250 dirigeants, ils livrent ainsi un panorama inattendu et fourmillant d’exemples de la figure du grand patron aujourd’hui, au travers de dix visages : le patron essayiste, le patron influenceur, le patron activiste, le patron bâtisseur, le patron mécène, le patron chef d’orchestre…
Un point de vue qui devrait intéresser les communicants autant qu’interpeler les citoyens vigilants.
À lire !
Un film : Chien 51 (Cédric Jimenez)
Après BAC Nord et Novembre, Cédric Jimenez transpose son regard aigu sur la police dans un Paris futuriste dominé par l’intelligence artificielle. Dans Chien 51, la capitale est divisée en zones sociales, surveillée par une redoutable IA baptisée “ALMA”. Son créateur est retrouvé assassiné, déclenchant une enquête menée par deux flics (Gilles Lellouche et Adèle Exarchopoulous)
Jimenez mixe thriller policier et dystopie technologique, ouvrant un dialogue inquiet sur le pouvoir des algorithmes, le contrôle des masses et la fragilité des institutions. Il montre que l’IA, loin d’être une aide technologique neutre, polarise, hiérarchise, trompe.
Visuellement sombre, nerveux, le film propose une version française des grandes sagas de science‑fiction tout en gardant l’efficience de l’auteur de polars urbains. Chien 51 invite à réfléchir : qui contrôle la machine ?
A voir !
Un podcast : A voix nue avec Alain Minc (France Culture)
Celui qui se déclare “européen, français et accessoirement juif” revient à travers cinq épisodes sur son parcours hors du commun, des bancs de l’X et de l’ENA aux conseils d’administration les plus prestigieux, de ses débuts chez Saint-Gobain à la direction du journal Le Monde. Marxiste libéral, hédoniste intello, Alain Minc revisite ici 60 ans d’histoire économique et politique française. Et c’est passionnant !
C’est tout pour aujourd’hui ! Rendez-vous le mois prochain pour un nouveau numéro de la CORTEX NEWSLETTER.
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